En 2025, l’hépatite B et l’hépatite C restent deux des infections virales les plus silencieuses, mais aussi les plus meurtrières au monde. Près de 354 millions de personnes vivent avec l’une ou l’autre forme de ces maladies du foie. Pourtant, la plupart ne le savent pas. Ce n’est pas une question de chance ou de hasard. C’est une question de dépistage, de prévention et d’accès aux traitements. Et aujourd’hui, les outils pour les combattre existent - mais ils ne sont pas encore à la portée de tous.
Comment se transmettent l’hépatite B et l’hépatite C ?
L’hépatite B est extrêmement contagieuse. Le virus peut survivre jusqu’à sept jours à l’extérieur du corps, sur une aiguille, un rasoir ou même une brosse à dents. La transmission se fait par le sang, les liquides corporels - et surtout à la naissance. Dans les pays à forte prévalence, jusqu’à 90 % des infections chroniques proviennent de la transmission mère-enfant. Si un bébé né d’une mère porteuse du virus ne reçoit pas le vaccin et l’immunoglobuline dans les 24 heures suivant la naissance, il a 90 % de chances de développer une infection chronique.
Les autres voies : les rapports sexuels non protégés (jusqu’à 60 % de risque si l’un des partenaires est infecté), le partage de seringues, ou même les piqûres accidentelles chez les professionnels de santé. Mais attention : vous ne contractez pas l’hépatite B en serrant la main, en partageant un repas ou en utilisant les toilettes d’une personne infectée. Ce sont des mythes persistants qui alimentent la stigmatisation.
L’hépatite C, elle, ne se transmet presque jamais par voie sexuelle - sauf dans des cas très spécifiques, comme chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et vivant avec le VIH. Son principal vecteur ? Le sang. La crise des opioïdes a relancé l’épidémie. Entre 2010 et 2020, les cas d’hépatite C aiguë ont augmenté de plus de 250 % aux États-Unis, principalement chez les jeunes adultes de 20 à 39 ans qui injectent des drogues. Une mère infectée transmet le virus à son bébé dans environ 5 à 6 % des cas. Pas beaucoup, mais suffisamment pour alimenter la chaîne de transmission.
Qui doit se faire tester ?
La règle est simple : tout adulte doit se faire dépister une fois dans sa vie pour l’hépatite C. C’est ce que recommande le CDC depuis 2020. Pour l’hépatite B, le dépistage est recommandé pour tous les adultes, surtout si vous avez des facteurs de risque : partenaire sexuel infecté, usage de drogues injectables, travail dans le secteur de la santé, origine d’un pays à forte prévalence (Afrique, Asie du Sud-Est, Pacifique), ou si vous êtes en traitement contre le cancer ou la dialyse.
Les femmes enceintes doivent être testées à chaque grossesse - pas seulement une fois. Le dépistage prénatal est la clé pour éviter la transmission verticale de l’hépatite B. Si la mère est porteuse, le bébé reçoit le vaccin et une injection d’anticorps dans l’heure qui suit la naissance. Cela réduit le risque de chronicité à moins de 5 %.
Et pourtant, selon les données de 2022, 44 % des personnes atteintes d’hépatite C ne savent pas qu’elles sont infectées. Pourquoi ? Parce que les symptômes n’apparaissent souvent qu’après des années, voire des décennies. Le foie ne crie pas. Il se détruit en silence. C’est pourquoi le dépistage n’est pas une option - c’est une nécessité.
Comment se fait le diagnostic ?
Pour l’hépatite B, le diagnostic repose sur un panel de tests sanguins. Le premier marqueur : l’HBsAg. S’il est positif, vous êtes infecté. Ensuite, on regarde l’anti-HBc (pour voir si vous avez été exposé), l’anti-HBs (pour vérifier si vous êtes immunisé par le vaccin ou une infection passée), et le taux d’ADN du virus dans le sang. Si le virus est encore actif, il faut surveiller la fonction hépatique et évaluer le risque de cirrhose ou de cancer du foie.
Pour l’hépatite C, on commence par un test d’anticorps anti-HCV. Si le résultat est positif, cela signifie seulement que vous avez été exposé au virus un jour. Ce n’est pas suffisant. Il faut ensuite faire un test d’ARN du virus (HCV RNA) pour savoir si l’infection est toujours active. Si oui, le traitement peut commencer. Et là, c’est là que la révolution a eu lieu.
Les tests rapides existent maintenant. Le test OraQuick pour l’hépatite C donne un résultat en 20 minutes avec une précision de plus de 98 %. Pour l’hépatite B, des tests de poche ont atteint 98,5 % de sensibilité dans des études de terrain. Cela change tout dans les zones rurales, les prisons ou les centres de soins pour sans-abri. Plus besoin d’attendre des semaines pour un résultat. Le dépistage devient immédiat - et donc plus fréquent.
Le traitement de l’hépatite C : une cure à portée de main
Avant 2011, le traitement de l’hépatite C était un cauchemar : des injections de l’interféron, des nausées, de la fatigue extrême, et une chance de guérison de seulement 40 à 50 %. Aujourd’hui, c’est fini.
Les antiviraux à action directe (AAD), comme Epclusa (sofosbuvir/velpatasvir) ou Mavyret (glecaprevir/pibrentasvir), permettent de guérir plus de 95 % des patients en seulement 8 à 12 semaines. Pas d’injections. Pas d’effets secondaires majeurs. Juste une pilule par jour. Et la guérison est durable : une fois l’ARN viral indétectable 12 semaines après la fin du traitement, on parle de réponse virologique soutenue (SVR). C’est une guérison.
Le coût a baissé. En 2014, un traitement coûtait 84 000 dollars aux États-Unis. Aujourd’hui, il coûte entre 24 000 et 30 000 dollars. Et dans les pays à revenu faible, des génériques valent moins de 300 dollars. L’Égypte a réduit sa prévalence d’hépatite C de 14,7 % à 0,9 % en 13 ans grâce à des campagnes massives de dépistage et de traitement. Ce n’est pas une utopie. C’est une réalité.
Et l’hépatite B ? Pas de cure, mais un contrôle efficace
Là où l’hépatite C peut être guérie, l’hépatite B ne peut pas encore être éliminée. Pas encore. Mais elle peut être maîtrisée.
Les médicaments comme le ténofovir alafenamide (TAF) et l’entécavir bloquent la réplication du virus avec une efficacité proche de 100 %. Ils réduisent le risque de cirrhose et de cancer du foie de 70 à 80 %. Mais ils doivent être pris tous les jours, souvent pour la vie. Le coût annuel ? Entre 6 000 et 12 000 dollars aux États-Unis. Un obstacle majeur dans les pays à revenu modéré.
Il existe une exception : la thérapie par interféron pegylé. Elle est administrée pendant 48 semaines et peut conduire à une guérison fonctionnelle - c’est-à-dire la disparition de l’antigène HBsAg - chez 3 à 7 % des patients. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est un espoir. Et les recherches avancent. Des traitements expérimentaux comme les siRNA (JNJ-3989) ou les modulateurs de capside (ABI-H0731) sont en phase 3. Ils visent à éteindre complètement le virus, pas seulement à le contrôler.
En 2025, les lignes directrices recommandent de traiter les adolescents en phase « tolérante immunitaire » si leur famille a un historique de cancer du foie, ou s’ils souffrent de diabète ou de stéatose hépatique. Ce n’est plus une décision arbitraire. C’est une stratégie personnalisée.
Les obstacles qui freinent la fin de l’épidémie
Les outils existent. Les traitements marchent. Les vaccins protègent. Alors pourquoi 1,1 million de personnes meurent-elles chaque année des complications de l’hépatite B et C ?
Parce que le dépistage est inégal. Parce que les traitements sont trop chers dans certains pays. Parce que les gens n’ont pas accès aux soins. Parce que la stigmatisation empêche les gens de se faire tester. Et parce que les politiques publiques ne sont pas à la hauteur.
En 2021, seulement 66,5 % des adultes américains avaient reçu les trois doses du vaccin contre l’hépatite B. L’objectif de l’OMS : 90 %. On est loin. Et en 2020, seulement 21 % des personnes infectées par l’hépatite C ont reçu un traitement. Même si les médicaments sont efficaces, ils ne servent à rien si personne ne les prend.
La crise des opioïdes a réveillé l’épidémie d’hépatite C dans les zones rurales. Les jeunes, les pauvres, les sans-abri : ce sont eux qui payent le plus cher. Et les systèmes de santé ne sont pas préparés.
Que faire maintenant ?
Si vous êtes adulte : faites-vous tester pour l’hépatite C. Une fois. C’est rapide. Gratuit dans de nombreux centres de santé. Si vous êtes enceinte : demandez le test d’hépatite B. Si vous avez un partenaire infecté, si vous utilisez des drogues, si vous êtes soignant : faites-vous vacciner contre l’hépatite B. C’est la seule maladie virale du foie que vous pouvez prévenir avec un vaccin.
Si vous êtes déjà infecté : ne vous résignez pas. Pour l’hépatite C, la guérison est possible. Pour l’hépatite B, le contrôle est possible. Et les nouvelles thérapies arrivent. En 2025, on parle de guérison fonctionnelle pour l’hépatite B comme d’une question de temps, pas d’impossibilité.
La fin de ces épidémies n’est pas un rêve. C’est un objectif de l’OMS pour 2030 : réduire les nouvelles infections de 90 % et les décès de 65 %. Pour y arriver, il faut des tests, des traitements, des vaccins - et surtout, de la volonté politique. Et vous, vous pouvez faire votre part. Se faire tester, parler, ne pas rester silencieux.
L’hépatite B peut-elle être guérie ?
Actuellement, il n’existe pas de guérison complète pour l’hépatite B. Les traitements comme le ténofovir ou l’entécavir contrôlent le virus à long terme, réduisent la charge virale et empêchent les lésions du foie. Mais la plupart des patients doivent les prendre à vie. Une guérison fonctionnelle - c’est-à-dire la disparition de l’antigène HBsAg - est possible chez 1 à 2 % des patients par an, spontanément. Des traitements expérimentaux en phase 3, comme les siRNA et les vaccins thérapeutiques, pourraient changer cela dans les prochaines années.
L’hépatite C peut-elle être guérie ?
Oui, absolument. Les antiviraux à action directe (AAD) comme Epclusa ou Mavyret guérissent plus de 95 % des patients en 8 à 12 semaines. La guérison est durable : une fois l’ARN viral indétectable 12 semaines après la fin du traitement, la maladie est considérée comme éradiquée. Il n’y a plus de risque de transmission ni de progression vers la cirrhose.
Le vaccin contre l’hépatite B protège-t-il à vie ?
Oui. Le vaccin contre l’hépatite B fournit une protection durable, probablement à vie, après une série de trois doses. L’Organisation mondiale de la santé confirme qu’aucune dose de rappel n’est nécessaire pour la plupart des personnes vaccinées. L’immunité est maintenue grâce à la mémoire immunitaire, même si les niveaux d’anticorps baissent avec le temps.
Pourquoi les personnes qui injectent des drogues sont-elles à risque d’hépatite C ?
Parce que l’hépatite C se transmet par le sang. Lorsqu’on partage des seringues, des cuillères, des filtres ou même de l’eau pour préparer une dose, on peut transférer des micro-quantités de sang infecté. Le virus est très stable à l’extérieur du corps. Même une aiguille utilisée il y a plusieurs jours peut encore transmettre l’infection. C’est pourquoi les programmes d’échange de seringues et les traitements de substitution sont essentiels pour réduire la transmission.
Est-ce que le dépistage de l’hépatite C est gratuit ?
Dans de nombreux pays, y compris en France, au Canada et aux États-Unis, le dépistage de l’hépatite C est gratuit dans les centres de santé publique, les cliniques de soins primaires et les programmes de santé communautaire. Il suffit de demander. Le test sanguin est simple, rapide et souvent inclus dans les bilans de santé annuels pour les adultes de plus de 18 ans.